Starlink : ces satellites de SpaceX mettent en péril des recherches à plusieurs milliards !
Un tiers des satellites Starlink perturbent les observations radioastronomiques
Selon une récente étude relayée par Golem.de, près de 33 % des passages de satellites Starlink sont visibles dans les enregistrements des radiotélescopes. Cette pollution radio survient en quelques heures seulement et compromet sérieusement des programmes de recherche astronomique dont les coûts se chiffrent en milliards d’euros.
Pourquoi les astronomes sonnent l’alerte
Les observatoires radio observent les émissions de l’univers à des fréquences très faibles, souvent entre quelques mégahertz et quelques gigahertz. Les signaux captés proviennent de phénomènes aussi variés que :
- Les nuages de gaz interstellaires ;
- Les pulsars et leurs impulsions régulières ;
- La signature du fond diffus cosmologique (CMB) ;
- Les émissions radio de galaxies lointaines.
Ces courants faibles nécessitent des conditions d’observation ultra-certains. L’apparition soudaine d’un appareil non terrestre dans le champ de vue génère un « flash » parasite qui peut être interprété à tort comme un signal cosmique ou, pire, masquer des objets d’intérêt scientifique.
L’impact en quelques heures
L’étude souligne que, lors d’une session d’observation typique de quelques heures, un astronomique peut voir jusqu’à un tiers de ses images altérées par le passage des satellites Starlink. Les conséquences sont lourdes :
- Perte de données irremplaçables : certaines observations, notamment celles sur des phénomènes transitoires ou rares, ne peuvent être reproduites facilement.
- Augmentation des coûts : le temps passé à rejeter ou à traiter les données contaminées pèse sur des budgets déjà serrés.
- Risques pour l’avenir de certains programmes : les grands projets « Next-Gen » (SKA, ngVLA) reposent sur la disponibilité de bandes radio propres.
Les fréquences concernées
SpaceX a obtenu des autorisations auprès de la Commission fédérale des communications (FCC) pour utiliser plusieurs bandes. Les premières mésententes sont survenues dans les plages allant de 1 100 à 1 700 MHz, utilisées par :
- Les récepteurs VLBI (Very Long Baseline Interferometry) pour la mesure ultra-précise des positions stellaires ;
- Les études des molécules interstellaires (OH, H₂O) présentant des lignes spectrales dans ces fréquences ;
- Les suivis de satellites et détections de signaux faibles.
Lorsque les antennes Starlink émettent dans ces plages ou réfléchissent la lumière solaire sur leurs panneaux, les radiotélescopes captent à la fois le signal céleste et un bruit imposant, rendant certaines observations inutilisables.
Les solutions envisagées
Plusieurs pistes sont à l’étude pour limiter la pollution :
- Horodatage intelligent : décaler les observations critiques hors des créneaux de passage connus des satellites.
- Filtrage logiciel : utiliser des algorithmes pour repérer et supprimer les « flashs » liés aux passages de satellites.
- Modification des satellites : SpaceX teste déjà des « visières » anti-réflexion pour réduire la lumière solaire réfléchie.
- Coordination internationale : renforcer les échanges entre les opérateurs de constellations et les astronomes pour définir des zones de silence temporaire en orbite.
Ces actions demanderont un effort conjoint des agences spatiales, des entreprises et des institutions de recherche pour garantir la préservation du ciel radio.
Réactions de SpaceX et perspectives
SpaceX reconnaît les perturbations et affirme travailler à des solutions logicielles et matérielles. Elon Musk a évoqué des « ajustements de trajectoire » et des tests de configurations d’antenne pour minimiser les émissions vers les observatoires. Toutefois, avec plusieurs milliers de satellites déjà en orbite et plusieurs dizaines de lancements prévus chaque mois, l’ampleur du défi reste considérable.
Vers un nouveau cadre réglementaire
Les gouvernements et organisations comme l’UIT (Union internationale des télécommunications) envisagent de mettre à jour les règles d’utilisation du spectre et de la coordination orbitale :
- Définition de zones protégées autour des grands observatoires ;
- Obligation pour les opérateurs de fournir des éphémérides en temps réel ;
- Sanctions en cas de non-respect des standards anti-interférence.
Le but est de trouver un équilibre entre innovation commerciale et sauvegarde du patrimoine scientifique de l’humanité.