Vous avez un Raspberry Pi qui traîne dans un tiroir et l’envie de centraliser vos films, séries, photos ou backups ? Bonne nouvelle : il est tout à fait possible de transformer ce petit ordinateur en NAS maison, puis d’y ajouter Plex pour profiter de votre médiathèque sur TV, smartphone, tablette ou box multimédia.
Le principe est simple : le Raspberry Pi joue le rôle de serveur de fichiers, et Plex s’occupe de cataloguer et diffuser vos contenus. Ce n’est pas la solution la plus puissante du marché, mais pour un usage personnel, silencieux et économique, elle coche beaucoup de cases. Voici un tutoriel clair pour monter un NAS avec Raspberry Pi et Plex, sans se perdre dans des réglages inutiles.
Pourquoi choisir un Raspberry Pi pour un NAS
Un NAS du commerce est pratique, mais il a deux inconvénients classiques : le prix et le côté “boîte fermée”. Avec un Raspberry Pi, vous gardez la main sur la configuration, vous dépensez moins, et vous apprenez au passage comment fonctionne un petit serveur domestique.
Pour un usage simple, le Raspberry Pi peut servir à plusieurs choses en même temps :
- stocker des fichiers accessibles sur le réseau local ;
- héberger une bibliothèque Plex ;
- faire des sauvegardes automatiques ;
- partager des documents entre plusieurs appareils.
Attention toutefois : un Raspberry Pi n’est pas un monstre de puissance. Si vous comptez faire du transcodage vidéo lourd dans Plex, il faudra rester raisonnable. En revanche, pour lire des fichiers déjà adaptés à vos appareils, il fait très bien le travail.
Ce qu’il vous faut avant de commencer
Avant de brancher quoi que ce soit, vérifiez que vous avez le matériel adapté. Le montage est simple, mais mieux vaut éviter d’improviser avec une carte microSD fatiguée ou une alimentation bancale. Ce genre de détail peut vite transformer un petit projet sympa en chasse au bug.
Voici la base recommandée :
- un Raspberry Pi 4 ou Raspberry Pi 5, idéalement avec 4 Go ou plus ;
- une alimentation officielle ou de bonne qualité ;
- une carte microSD de bonne marque, ou mieux, un SSD USB ;
- un disque dur externe USB pour vos données ;
- une connexion réseau Ethernet, plus stable que le Wi-Fi ;
- un boîtier avec bonne ventilation ;
- un clavier, un écran, ou un accès SSH pour l’installation.
Si vous partez sur un vrai usage NAS, le SSD est une excellente idée pour le système. La microSD peut suffire au départ, mais elle s’use plus vite. Pour les données, un disque dur externe alimenté correctement est souvent plus simple à gérer. Et si vous avez plusieurs gros disques, pensez à l’alimentation : un port USB de Raspberry Pi n’aime pas les miracles.
Installer le système sur le Raspberry Pi
La première étape consiste à installer un système propre. Le plus simple reste Raspberry Pi OS Lite, car vous n’avez pas besoin d’interface graphique pour faire tourner un NAS et Plex. Moins de ressources consommées, moins de bruit, moins de distractions.
Voici la méthode classique :
- téléchargez Raspberry Pi Imager sur votre ordinateur ;
- choisissez Raspberry Pi OS Lite ;
- flashez la carte microSD ou le SSD ;
- activez l’accès SSH si vous voulez administrer le Pi à distance ;
- ajoutez si besoin le Wi-Fi, même si Ethernet reste préférable ;
- démarrez le Raspberry Pi.
Une fois connecté, mettez le système à jour :
sudo apt update && sudo apt upgrade -y
Puis installez les outils de base utiles pour la suite :
sudo apt install -y curl wget samba avahi-daemon
Ce n’est pas obligatoire dès le départ, mais Samba et Avahi vont vous simplifier la vie pour le partage réseau. Vous gagnerez du temps au moment de rendre le stockage accessible depuis Windows, macOS ou Linux.
Préparer le disque de stockage
Le NAS, c’est surtout du stockage accessible proprement. Il faut donc brancher le disque dur ou le SSD, puis le monter automatiquement au démarrage. C’est une étape importante, parce qu’un disque qui disparaît après chaque reboot, c’est un peu agaçant.
Commencez par identifier le disque :
lsblk
Repérez le bon périphérique, par exemple /dev/sda1. Si le disque est neuf, il faudra peut-être le formater. Pour un usage simple, ext4 est un bon choix sous Linux :
sudo mkfs.ext4 /dev/sda1
Ensuite, créez un point de montage :
sudo mkdir -p /mnt/nas
Récupérez l’UUID du disque :
sudo blkid
Ajoutez-le dans le fichier /etc/fstab pour un montage automatique :
sudo nano /etc/fstab
Ajoutez une ligne du type :
UUID=xxxxxxxx-xxxx-xxxx-xxxx-xxxxxxxxxxxx /mnt/nas ext4 defaults,noatime 0 2
Testez ensuite le montage :
sudo mount -a
Si aucune erreur n’apparaît, c’est bon signe. Vous avez maintenant un espace de stockage monté automatiquement. À partir de là, on peut organiser les dossiers de façon propre.
Créer une structure de dossiers claire
Un NAS fonctionne mieux quand il est bien rangé dès le début. Sinon, au bout de quelques mois, vous vous retrouvez avec un mélange de films, de sauvegardes, de captures d’écran et de fichiers “à trier” qui ne seront jamais triés. Classique.
Une structure simple peut ressembler à ça :
/mnt/nas/Films/mnt/nas/Series/mnt/nas/Musique/mnt/nas/Photos/mnt/nas/Backup
Créez ces dossiers avec :
sudo mkdir -p /mnt/nas/{Films,Series,Musique,Photos,Backup}
Puis donnez les bons droits à l’utilisateur qui va gérer les fichiers. Si vous utilisez l’utilisateur pi, par exemple :
sudo chown -R pi:pi /mnt/nas
L’idée est simple : garder une arborescence claire pour que Plex retrouve facilement les contenus et que vous puissiez ajouter de nouveaux fichiers sans réfléchir dix minutes.
Partager le NAS sur le réseau avec Samba
Pour accéder au NAS depuis vos autres appareils, Samba est la solution la plus pratique. Il permet de partager les dossiers du Raspberry Pi sur le réseau local. En clair : votre ordinateur verra le NAS comme un partage réseau classique.
Ouvrez la configuration Samba :
sudo nano /etc/samba/smb.conf
Ajoutez à la fin du fichier une section comme celle-ci :
[NAS]path = /mnt/nasbrowseable = yeswriteable = yesguest ok = nocreate mask = 0775directory mask = 0775
Ensuite, créez un mot de passe Samba pour votre utilisateur :
sudo smbpasswd -a pi
Redémarrez le service :
sudo systemctl restart smbd
Vous pourrez alors accéder au partage depuis Windows avec \\adresse-du-pi\NAS, ou via le navigateur réseau de votre système. Si tout est bien configuré, vos fichiers seront accessibles en quelques secondes.
Installer Plex sur le Raspberry Pi
Passons à la partie qui intéresse souvent le plus : Plex. C’est lui qui va rendre votre médiathèque vraiment agréable à utiliser. Au lieu de naviguer dans des dossiers à la main, vous aurez une interface propre avec affiches, résumés, jaquettes et tri automatique.
Plex Media Server est disponible pour ARM, donc le Raspberry Pi peut l’héberger. Le plus simple est de passer par le dépôt officiel. Voici le principe :
curl https://downloads.plex.tv/plex-keys/PlexSign.key | sudo apt-key add -
echo deb https://downloads.plex.tv/repo/deb public main | sudo tee /etc/apt/sources.list.d/plexmediaserver.list
sudo apt update
sudo apt install -y plexmediaserver
Une fois installé, vérifiez que le service tourne :
sudo systemctl status plexmediaserver
Ensuite, ouvrez l’interface web de Plex depuis un navigateur, en utilisant l’adresse IP du Raspberry Pi et le port 32400 :
http://adresse-du-pi:32400/web
Vous devrez vous connecter avec votre compte Plex, puis définir le nom du serveur. À partir de là, vous pouvez ajouter vos bibliothèques.
Configurer les bibliothèques Plex correctement
La configuration de Plex mérite un peu d’attention, car la qualité de l’expérience dépend beaucoup de la manière dont vos fichiers sont nommés et classés. Plex adore les dossiers propres. Il aime moins les fichiers “film_final_v2_bis” ou “saison1episode8definitif”.
Pour chaque bibliothèque, indiquez le bon dossier :
- Films :
/mnt/nas/Films; - Séries :
/mnt/nas/Series; - Musique :
/mnt/nas/Musique; - Photos :
/mnt/nas/Photos.
Un bon nommage fait une vraie différence. Pour les films, gardez par exemple :
Nom du film (2024).mkv
Pour les séries :
Nom de la série/Saison 01/Nom de la série - S01E01.mkv
Oui, c’est un peu scolaire. Mais Plex comprend beaucoup mieux ce genre d’organisation, et vous éviterez bien des erreurs d’identification.
Optimiser les performances et éviter les pièges
Un Raspberry Pi peut faire tourner Plex, mais il faut respecter quelques règles pour garder un système fluide. Le premier point, c’est le transcodage. Si votre serveur doit convertir en direct une vidéo trop lourde pour votre appareil, il va vite montrer ses limites.
Pour éviter ça :
- privilégiez des fichiers compatibles avec vos appareils ;
- activez le direct play quand c’est possible ;
- utilisez des vidéos en H.264 ou H.265 selon vos usages ;
- évitez de lancer plusieurs gros flux simultanés ;
- connectez le Raspberry Pi en Ethernet.
Autre point important : la température. Un Pi qui chauffe trop va ralentir. Un petit boîtier ventilé ou un radiateur correct peut vraiment aider. Ce n’est pas un détail cosmétique, c’est de la stabilité.
Enfin, si vous voulez un système plus robuste, installez le système sur SSD plutôt que sur microSD. Le gain en fiabilité est souvent visible à moyen terme, surtout si votre NAS sert tous les jours.
Sécuriser l’accès au NAS
Un NAS maison n’a pas besoin d’être compliqué, mais il ne faut pas non plus l’ouvrir à tout le monde. Même sur un réseau domestique, quelques règles simples évitent les mauvaises surprises.
Gardez ces réflexes :
- utilisez des mots de passe solides ;
- n’activez pas l’accès invité si ce n’est pas nécessaire ;
- mettez le système à jour régulièrement ;
- limitez l’ouverture sur Internet si vous n’en avez pas besoin ;
- faites une sauvegarde des données importantes ailleurs.
Si vous voulez accéder à votre Plex depuis l’extérieur, passez par les outils de Plex ou par un VPN. Évitez d’exposer inutilement vos services au web public. Un NAS maison doit rester pratique, pas devenir une cible facile.
Quelques usages très concrets au quotidien
Une fois le NAS en place, on se rend vite compte qu’il sert à bien plus que stocker des films. C’est souvent là qu’il devient vraiment utile.
Par exemple :
- vous centralisez les sauvegardes des PC de la maison ;
- vous gardez vos vidéos de famille au même endroit ;
- vous partagez des fichiers entre plusieurs machines sans clé USB ;
- vous lancez un épisode sur la TV et vous reprenez sur le smartphone ;
- vous archivez vos projets ou vos dossiers importants proprement.
C’est aussi une bonne porte d’entrée pour explorer d’autres services : Docker, Nextcloud, sauvegardes automatisées, ou même un petit serveur multimédia complémentaire. Le Raspberry Pi devient alors bien plus qu’un simple gadget. Il se transforme en mini serveur polyvalent.
Ce qu’il faut retenir avant de se lancer
Construire un NAS avec Raspberry Pi et Plex est une excellente idée si vous cherchez une solution économique, silencieuse et évolutive pour votre maison. Ce n’est pas la machine idéale pour tous les scénarios, mais pour un usage personnel bien pensé, elle fait largement le travail.
Le plus important, c’est de partir sur une base propre : un bon stockage, une alimentation fiable, un système léger, des dossiers bien organisés et une configuration Plex cohérente. Une fois ces éléments en place, vous obtenez un petit serveur très agréable à utiliser au quotidien.
Si vous aimez bricoler un peu votre setup high-tech sans tomber dans l’usine à gaz, c’est clairement un projet intéressant. Et le vrai plaisir, au fond, c’est de se dire qu’on a monté soi-même un serveur maison qui répond exactement à ses besoins.
